Climat politique et institutionnel
La semaine du 1er au 8 juin 2026 a été marquée en Mauritanie par une tension persistante autour du dialogue national, dont les réunions préparatoires ont été suspendues après l'échec des concertations entre la majorité et l'opposition. Le point de blocage central reste l'inclusion de la question des mandats présidentiels dans la feuille de route : la majorité présidentielle refuse d'en retirer la clause, tandis que la Coalition de l'opposition démocratique la juge anticonstitutionnelle et menace de saisir directement le président Ghazouani. Ce dernier a d'ailleurs convoqué séparément les chefs de la majorité et de l'opposition pour tenter de désamorcer la crise, signalant une implication croissante de la présidence dans le déblocage du processus. En parallèle, la hausse répétée des prix des carburants — quatrième en trois mois — a cristallisé les critiques de l'opposition et du parti islamiste Tawassoul, qui réclament l'annulation de la mesure et une révision de la politique énergétique. Le gouvernement a tenté de contrebalancer cette pression sociale en annonçant un programme d'urgence de 12 milliards d'ouguiyas ciblant 352 000 ménages vulnérables, ainsi qu'une baisse de 20 % du prix du gaz butane domestique, mesure saluée par le parti au pouvoir Insaf.
Dynamique économique et sociale
Sur le plan économique, la semaine a été dominée par la question de la politique tarifaire des hydrocarbures, au cœur d'un débat public nourri. Le Premier ministre Mokhtar Ould Djay a défendu la cohérence de la politique gouvernementale, soulignant que la part des taxes dans le prix à la pompe est passée de 36 % à 29 %, et que le soutien aux prix a coûté 35 milliards d'ouguiyas sur trois mois sans recours à l'aide extérieure. Des rumeurs de contamination du gazole ont par ailleurs circulé sur les réseaux sociaux, rapidement démenties par le ministère de l'Énergie après analyses d'échantillons à Nouakchott et Nouadhibou. Sur le front du développement, plusieurs programmes ont été lancés simultanément : le programme jeunes « Mon projet d'avenir 2026 » visant 1 000 PME et 2 500 emplois directs, l'octroi de plus de 50 permis miniers dans plusieurs régions, et les initiatives de l'agence Taazour dans le Hodh Ech Chargui, le Gorgol et l'Adrar, représentant des centaines de millions d'ouguiyas en équipements agricoles et infrastructures communautaires. La société civile a également été traversée par des tensions sociales, notamment la manifestation d'enseignants assistants devant le ministère de l'Éducation, réclamant leur titularisation, tandis qu'une vague de chaleur extrême — jusqu'à 47 °C — a pesé sur les conditions de vie dans l'intérieur du pays.
Sécurité et justice
La semaine a enregistré plusieurs incidents sécuritaires significatifs sur le territoire mauritanien et dans la sous-région. Les garde-côtes mauritaniens ont effectué deux opérations de sauvetage distinctes, secourant respectivement 193 et 110 migrants irréguliers au large de Nouakchott, principalement originaires de Gambie, du Mali et du Sénégal, avec un bilan humain incluant au moins un décès. Un grave accident de la route sur la route de l'Espoir a coûté la vie à au moins huit personnes. Sur le plan judiciaire, une filière de faux documents a été démantelée à Sebkha avec l'arrestation de quatre ressortissants étrangers, et les autorités de Rosso ont procédé à l'incinération de 90 kg de stupéfiants, 1,5 tonne de médicaments falsifiés et plusieurs milliers de bouteilles d'alcool. Le décès d'une fillette de diphtérie à Chami et le renforcement de la surveillance aux frontières face à la menace Ebola ont mobilisé le ministère de la Santé. Dans la région, le Mali a concentré l'essentiel de l'activité sécuritaire : frappes aériennes neutralisant plus de 65 combattants jihadistes, libération de cinq otages chinois dans la région de Sikasso, condamnation d'un ressortissant français à vingt ans de prison pour complot, et offre de récompense de 3,5 millions de dollars pour des informations sur le chef jihadiste Iyad Ag Ghaly.
Tendances diplomatiques
La Mauritanie a affiché une présence diplomatique soutenue et multidirectionnelle au cours de la semaine. Sur la scène africaine et francophone, le président Ghazouani a reçu l'Ordre de la Pléiade de l'Assemblée parlementaire de la Francophonie et accueilli des délégations parlementaires de plusieurs pays africains, consolidant le positionnement continental du pays. Le Forum économique de Saint-Pétersbourg a constitué un axe russo-mauritanien notable, avec des échanges sur les investissements énergétiques et la présentation des atouts de la loi sur les investissements 2025 devant des acteurs financiers russes et saoudiens. Sur le plan sécuritaire et migratoire, une délégation espagnole de haut niveau — incluant le directeur général de l'immigration — a été reçue à Nouakchott, et la marine espagnole a conduit des exercices conjoints à Nouadhibou portant sur la pêche illicite et le trafic de drogues. La Mauritanie a également participé à l'exercice militaire franco-africain anti-drones TANDEM 26.02 et lancé un dialogue multilatéral UA-Allemagne sur les politiques agricoles. Dans la sous-région, l'attention s'est portée sur le Sénégal, où la rupture consommée entre Ousmane Sonko — réélu à la tête de Pastef — et le président Faye a abouti à la formation d'un gouvernement de trente ministres excluant le principal parti parlementaire, reconfigurant substantiellement le paysage politique sénégalais.