Climat politique et institutionnel
La semaine a été marquée par deux dynamiques institutionnelles majeures. D'un côté, la préparation du dialogue national s'est intensifiée : le parti au pouvoir Insaf a mobilisé ses députés autour d'une feuille de route, tandis que des formations d'opposition comme Tawassoul organisaient des sit-in simultanés dans les wilayas de Nouakchott contre un éventuel troisième mandat présidentiel. Le parti Al-Massar et le parti Jamaa ont de leur côté contesté la méthode de désignation des représentants de la majorité à la commission de supervision, révélant des tensions internes à la coalition gouvernementale. De l'autre côté, le gouvernement a montré une volonté d'affichage gestionnaire : le Premier ministre Mokhtar Ould Djay a présidé des réunions de préparation des phases II des programmes de développement de Nouakchott et d'accès aux services de base, dotés de 26 milliards d'ouguiyas, dont la première phase s'achève en mars 2027. Le Conseil des ministres a également adopté le projet de loi de finances 2027, tablant sur une croissance réelle de 5 %, un excédent de 6,2 milliards MRU et une inflation à 3,3 %, signalant une posture macroéconomique volontariste avant les débats parlementaires à venir.
Dynamique économique et sociale
L'activité économique et sociale de la semaine a été dense, oscillant entre chantiers en cours et signaux de fragilité structurelle. Sur le front de la santé publique, le président Ghazouani a personnellement ordonné l'ouverture de 28 centres de santé à Nouakchott en quelques jours, avec déploiement médical, équipements et numérisation, signe d'une pression politique forte sur ce dossier. Le chantier du CHU Roi-Salmane financé à hauteur de 70 millions de dollars par le Fonds saoudien accuse quant à lui des retards, nécessitant une réunion ministérielle de déblocage. Dans le secteur éducatif, des tensions ont émergé simultanément sur les bourses d'État — attribution opaque de places en doctorat au Maroc, exclusion de médecins des spécialisations en Algérie malgré une politique affichée de restriction depuis 2024 — et sur le transport universitaire, avec des manifestations d'étudiants à Nouakchott auxquelles le ministère a répondu par une réorganisation des lignes de BRT. Sur le plan économique, le budget 2027 a été adopté et la mine Tasiast a fait l'objet d'une visite ministérielle saluant 98 % de main-d'œuvre mauritanienne et 1,7 milliard de dollars versés à l'État en quinze ans. La stabilisation du prix de la tomate à 500 ouguiyas après une flambée spéculative et la collecte de 230 tonnes de déchets sur le littoral illustrent par ailleurs la permanence de préoccupations concrètes du quotidien des populations.
Sécurité et justice
Le volet sécuritaire et judiciaire de la semaine a présenté un tableau contrasté. En Mauritanie, les garde-côtes ont intercepté un canot transportant 191 migrants irréguliers de cinq nationalités, dont 27 mineurs et 15 femmes, parti des côtes sénégalaises, confirmant la persistance des flux migratoires sur la route atlantique. Sur le plan judiciaire, la libération d'un suspect dans l'affaire des blogueurs de la diaspora, après deux semaines de détention, a mis en lumière une campagne d'arrestations lancée fin septembre ciblant des proches de blogueurs, des cambistes et des agents immobiliers, soulevant des questions sur les contours de la procédure. L'Observatoire national des droits de la femme a par ailleurs publié un rapport alarmant sur la surpopulation de la prison des femmes d'Arafat à Nouakchott, avec 30 % de dépassement de capacité, 60 % de détenues en provisoire et des signalements de malnutrition et de violences. Dans la sous-région, le Mali a été frappé par une attaque jihadiste faisant plus de 40 victimes civiles près de Ménaka, attribuée à l'État islamique, tandis que l'armée malienne poursuivait ses opérations dans le cadre de Dogoukoloko. Au Nigeria, une attaque armée dans l'État de Taraba a coûté la vie à au moins 20 personnes, et au Tchad, un conflit intercommunautaire agriculteurs-éleveurs a fait 12 morts dans la zone frontalière Salamat-Sila.
Tendances diplomatiques
La semaine a été particulièrement chargée sur le front diplomatique, avec une séquence de remises de lettres de créance au palais présidentiel qui a vu Ghazouani recevoir les nouveaux ambassadeurs de Suisse, Suède, Panama, Portugal, Namibie, Ghana, Nigeria, Sierra Leone, Rwanda, Burkina Faso, République tchèque et Niger, témoignant d'une activation soutenue du réseau diplomatique mauritanien. Sur le plan des partenariats sectoriels, les négociations avec l'Union européenne sur le renouvellement du protocole de l'accord de pêche avant l'échéance du 14 novembre ont occupé une place centrale, avec une visioconférence entre la ministre Aïssata Lam et le commissaire européen compétent, en parallèle à la signature d'un accord UE-Nouakchott pour l'aménagement du quartier périphérique Tarhil. Le FIDA, la Banque mondiale, la Turquie, l'Espagne, le Japon, la France et l'Allemagne ont également tenu des rencontres bilatérales avec des ministres mauritaniens sur des dossiers allant de l'agriculture à l'énergie en passant par la décentralisation. En marge, le secrétaire général de l'OCI, le Mauritanien Ismail Ould Cheikh Ahmed, a plaidé à Istanbul pour une médiation internationale traitant les causes profondes des conflits, et la libération de deux otages européennes au Niger via une médiation libyenne a illustré les reconfigurations sécuritaires en cours dans l'espace sahélien.